Jeudi 26 mai 2011 4 26 /05 /Mai /2011 16:10

Le Mouvement National Congolais LUMUMBA (MNCL) vient de rendre publics ses actes juridiques fondamentaux dans un document comprenant notamment :

 

1.       Les Statuts (avec les grandes lignes de son programme général) ;

2.       Le Règlement Intérieur ; et

3.       Le règlement financier.

 

Cliquer ici pour accéder au document.

 

Le Département de l’information du MNCL

Contact : mncl@lumumba.org

Par lumumba.org
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Dimanche 27 mars 2011 7 27 /03 /Mars /2011 21:56
Par lumumba.org
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Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 21:58
Patrice Lumumba « inédit...des périodes méconnues de la vie de Patrice Lumumba ...
LE 2011-01-18 14:54

Patrice Lumumba, un modèle pour l'Afrique...50ème anniversaire de l'assassinat de Patrice Lumumba...Jean-Claude Willame, professeur émérite Université Catholique de Louvain (UCL), membre de l'équipe de coordination Afrique Centrale à Amnesty International-Belgique Francop ...
LE 2011-01-18 02:00

50 ans jour pour jour, le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba...de Patrice Lumumba...« Lumumba ...
LE 2011-01-17 02:00

Patrice Emery Lumumba (volets 3/4)...Né en 1925, Patrice Emery Lumumba ...
LE 2010-08-17 01:00

Patrice Emery Lumumba (volets 4/4)...Né en 1925, Patrice Emery Lumumba ...
LE 2010-08-17 01:00

Patrice Emery Lumumba (1/4)...Né en 1925, Patrice Emery Lumumba ...
LE 2010-08-16 01:00

Patrice Emery Lumumba (2/4)...Né en 1925, Patrice Emery Lumumba ...
LE 2010-08-16 01:00

Douze Belges visés par une plainte pour l'assassinat de Patrice Lumumba...Un groupe de défenseur de droits de l'homme en Belgique compte lancer une action en justice à propos de l'assassinat de Patrice Lumumba, en 1961, ce héros de l'indépendance du pays...trois membres d ...
LE 2010-06-23 05:00

Portrait de Patrice Emery Lumumba (1/4)...Né en 1925, Patrice Emery Lumumba ...
LE 2009-11-05 23:00

La Belgique s'excuse auprès du peuple congolais pour le rôle qu’elle a joué dans la mort, en 1961, du Premier ministre congolais Patrice Lumumba.
LE 06/02/2002 - 12H00

Le Haïtien Raoul Peck, qui a passé une partie de son enfance au Zaïre, retrace dans un long métrage de fiction la vie de Patrice Lumumba, figure mythique des indépendances africaines.
LE 04/10/2000 - 12H00

Chronologie du Congo belge à la République démocratique du Congo, de la colonisation aux élections de 2006 . Première partie : 1895-1995
LE 10/07/2006 - 03H44

LE 16/01/2001 - 12H00

LE 27/01/2009 - 04H32
Par lumumba.org
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Vendredi 4 février 2011 5 04 /02 /Fév /2011 21:05

ThaboMbeki.jpg

Thabo MBEKI sur les événements des années 60 en RDC jusqu’à l’adoption du Projet de la Constitution de la 3ème République par le Parlement de la transition, le 16 mai 2005, en passant par l’assassinat de Patrice Emery LUMUMBA, discours prononcé devant les chambres du Parlement de Transition, réunies en congrès, à Kinshasa, le 16 Mai 2005.


Il y a quelques jours, le 15 et le 16 Mai, nous étions à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo. Nous étions revenus en RDC pour être témoins d'un évènement crucial dans l'évolution de ce pays frère vers la démocratie et la paix durable, ainsi que pour apporter le message de félicitations et solidarité de notre peuple et gouvernement au peuple et au gouvernement congolais.

Le 16 mai, le Parlement Congolais s'est réuni pour adopter formellement une nouvelle constitution, remplaçant la constitution de la transition qui gouverne la RDC actuellement.

Lors de cette séance du Parlement, le Président de l'Assemblée Nationale, l'Honorable Olivier Kamitatu, a remis la Constitution au Président Joseph Kabila, en lui demandant de prendre les mesures pour obtenir l'approbation de la Constitution par un référendum du peuple congolais.

Notre délégation ne pouvait s'empêcher de se rappeler une occasion similaire, solennelle et heureuse, qui a eu lieu dans notre pays il y a presque exactement neuf ans. Le 8 mai 1996, notre Parlement National s'était réuni en session conjointe, en tant qu'Assemblée Constitutionnelle, pour adopter notre propre constitution finale, qui a remplacé notre constitution par intérim.

Assis au Parlement congolais, privilégiés de partager un moment historique avec les leaders du peuple congolais et les diplomates représentant différentes nations, ainsi que les Nations Unies, nous ne pouvions pas nous empêcher de nous rappeler ce que notre nouvel ordre constitutionnel signifiait et signifie toujours pour notre pays et notre peuple.

 

Il signifiait qu'à la suite d'une lutte longue et coûteuse, nous avons réussi à entériner dans la loi fondamentale du pays l'exigence contenue dans la Charte de la Liberté : le peuple gouvernera !

Il signifiait que nous avons créé les conditions permettant à notre peuple de vivre ensemble en paix, entre frères et sœurs, de dépasser des siècles de division et de conflit dans un esprit de réconciliation nationale et de compréhension du fait que l'Afrique du Sud appartient à tout ceux qui y vivent, unifiés dans leur diversité.

Il signifiait qu'en tant que peuple, nous nous sommes donné la possibilité de construire notre pays ensemble, déterminés à réaliser le but d'éradiquer la pauvreté et le sous-développement, et garantir l'épanouissement matériel et spirituel de tout notre peuple.

Au déjeuner offert par le Président Kabila en notre honneur après la session parlementaire, nous avons eu la possibilité de transmettre le vœu sincère de notre peuple qu'avec l'approbation de sa propre constitution, le peuple congolais s'est placé sur le chemin de la démocratie, de l'unité nationale, de la réconciliation, et de la prospérité partagée par tous les congolais.

Nous avons également promis de continuer à soutenir le peuple congolais dans son travail de mise en couvre des dispositions contenues dans les deux documents de base de la transition congolaise, à savoir : l'Accord Global et Inclusif et la Constitution de la Transition. Ceci comprend les décisions à prendre sur la recommandation de la Commission électorale indépendante (CEI) quant à la date des élections.

L'Accord Global et Inclusif et la Constitution de la Transition négociés par les dirigeants du peuple congolais à Sun City et Pretoria (Tshwane) stipulent que, une fois constitué aux termes de la Constitution de la Transition, le Parlement de la Transition de la RDC devait rédiger la Constitution finale de la RDC. Ceci vient d'être accompli.

L'Accord et la Constitution de la Transition exigent également que la Constitution finale soit approuvée par le référendum auquel l'Honorable Kamitatu a fait allusion. Ces documents stipulent également que des élections démocratiques soient organisées deux ans après l'entrée en fonctions du gouvernement de la transition.

Cette période de deux ans se termine le 30 Juin de cette année, le 45 me anniversaire de l'indépendance de la RDC. Toutefois, tenant compte des difficultés qui pourraient surgir pendant les deux ans de transition, l'Accord Global et Inclusif ainsi que la Constitution de la Transition prévoient que la période transitionnelle puisse être prolongée d'une année au maximum, jusqu'en juin 2006, afin de laisser suffisamment de temps pour préparer les élections.

La Constitution de la Transition donne donc à la CEI le pouvoir d'approcher le Parlement pour recommander une extension de la durée de transition de deux périodes de six mois au maximum.

La CEI vient de faire cette recommandation. Elle a présenté des propositions au Parlement congolais suggérant des calendriers pour la tenue du référendum et des élections nationales, en fonction des directives contenues dans l'Accord Global et Inclusif et la Constitution de la Transition.

Au cours de la session du 17 mai, le Président Kabila a demandé aux membres du Parlement congolais réunis de considérer d'urgence la soumission de la CEI. Sur les applaudissements chaleureux des membres du parlement, il a réaffirmé l'engagement des dirigeants de la transition congolaise d'honorer l'obligation contenue dans l'Accord Global et Inclusif et la Constitution de la Transition et de tenir des élections libres, équitables et démocratiques au plus tard en juin 2006, dans le cadre du calendrier à établir par la CEI.

Pendant près de 45 ans de son existence de pays indépendant, la RDC n'a pas eu de gouvernements légitimés par le libre choix du peuple congolais. Le premier et seul gouvernement ainsi légitimé fut dirigé par le grand congolais et patriote africain Patrice Lumumba.

Ce gouvernement a duré moins d'une année. Ayant accédé à sa position de premier Premier Ministre du Congo indépendant le 30 juin 1960, Patrice Lumumba fut brutalement assassiné en janvier 1961.

Ainsi se terminait le projet démocratique congolais et, pendant des décennies, le peuple était dans l'impossibilité de tirer bénéfice de son émancipation de la domination coloniale et impérialiste afin de se construire une vie nouvelle, centrée sur l'épanouissement matériel et spirituel de chaque citoyen congolais.

En vérité, les six mois entre l'accession de la RDC à l'indépendance et la mort de Patrice Lumumba n'étaient qu'un bref éclair d'espoir dans une période pleine de désespoir pour le peuple congolais, qui a commencé lorsqu'un vaisseau portugais, sous le capitaine Diego Cao, a navigué une courte distance en amont du fleuve Congo en 1482.

Peu de temps après débuta l'exportation des congolais, esclaves, vers l'hémisphère occidental. A la fin de cette période, le roi Léopold de Belgique s'est approprié le Congo comme son bien personnel, tout en soumettant le peuple à un processus d'exploitation qui a décimé ce peuple aussi cruellement que la traite des esclaves.

Cette situation n'a pas beaucoup changé lorsque, comme prévu au testament du roi Léopold, le Congo devenait formellement une possession coloniale du Royaume de Belgique. Après la deuxième guerre mondiale, la rébellion africaine et congolaise contre le colonialisme et l'impérialisme a donné aux populations du Congo six mois d'espoir d'être enfin libérées de la brutale oppression et exploitation dont elles souffraient depuis près d'un demi millénaire.

Mais il n'en était rien. Finalement, après l'assassinat de Patrice Lumumba, le peuple congolais fut soumis pendant des décennies au régime rapace de Mobutu Sese Seko. Avant et après sa mort, le peuple congolais devait subir d'autres tourmentes à travers la guerre, y compris des invasions de certains de ses voisins;.

Avec la mise en place du Gouvernement de Transition en 2003, le peuple congolais espérait de nouveau que le feu allumé lorsque Patrice Lumumba parlait de l'espoir de son peuple le 30 juin 1960 serait ravivé. L'adoption de la Constitution finale par le Parlement transitionnel le 16 mai est venue affirmer que les populations du Congo ne s'étaient pas trompées quand, en 2003, elles célébraient l'avènement d'une aube nouvelle.

Le peuple congolais espère que son rêve de paix, de démocratie, de droits humains et de prospérité, vieux de plusieurs siècles, ne sera plus déféré. Il attend impatiemment le jour où il aura la possibilité d'élire librement le premier gouvernement légitime de la RDC après celui dirigé par Patrice Lumumba.

Le peuple est convaincu que le gouvernement qui sera élu, et qui devra nécessairement lui rendre des comptes, respectera ses aspirations à la paix, au gouvernement par le peuple, à l'unité nationale et à une vie meilleure. En raison des souffrances subies par eux-mêmes et leurs ancêtres, et des attentes générées par le début de la période de transition, le peuple congolais attend impatiemment le moment où, pour la deuxième fois en 500 ans, il aura un gouvernement de son choix.

Précédemment, à l'occasion de nos visites à Kinshasa, nous avons vu des gens dans les rues de cette énorme ville africaine, exprimer leur espoir en brandissant des banderoles avec l'inscription « Elections le 30 juin 2005 ». Il n'y a aucun doute que cette inscription reflétait les vœux de millions de congolais.

Toutefois, tout le monde savait aussi qu'il ne serait pas facile de réaliser cet objectif au cours de la période de deux ans prévue par l'Accord Global et Inclusif et par la Constitution de la Transition. Ceci en raison des nombreuses tâches difficiles à accomplir, aussi bien pour créer les conditions pour la tenue des élections que pour assurer un résultat reflétant réellement la volonté du peuple congolais.

Entre autres choses, une nouvelle constitution devait d'abord être approuvée par référendum. De nouvelles forces de sécurité congolaises devaient être créées, après la dissolution des différentes formations armées qui s'étaient engagées dans la guerre. Ceci comprend le groupe armé rwandais ayant commis le génocide au Rwanda en 1994 pour fuir ensuite au Zaïre d'antan.

L'administration de l'état devait s'étendre sur tout le territoire de la RDC, pour réunifier le pays et créer les conditions permettant à tous les partis politiques de mener librement campagne partout. Les électeurs devaient être recensés aussi bien pour le référendum que pour les élections, en gardant à l'esprit qu'il n'y a pas eu d'élections depuis 45 ans, que l'administration étatique s'était effondrée pendant les années Mobutu, tout comme l'infrastructure de communication, rendant difficile l'accès à certaines parties du pays.

Maintenant des progrès ont été enregistrés par rapport à tous ces problèmes. Comme nous l'avons dit, le parlement a adopté la nouvelle Constitution et approuvera prochainement la législation permettant l'organisation du référendum. De nouvelles brigades militaires et unités policières intégrées sont en cours d'établissement. Les groupes armés rwandais sont d'accord de se dissoudre et acceptent d'être rapatriés au Rwanda.

Des gouverneurs et administrateurs ont été déployés par le Gouvernement de Transition dans toutes les provinces et localités, unifiant le pays sous une administration unique. Le processus de recensement des électeurs débutera le mois prochain. L'église et les organisations de la société civile ont déjà commencé le travail de formation des électeurs.

En plus des unités de la Force de Défense Nationale d'Afrique du Sud, déployés au sein des troupes des Nations Unies, d'autres de nos compatriotes travaillent avec le Gouvernement de Transition de la RDC et d'autres pays, contribuant aux progrès réalisés dans les différents domaines que nous avons indiqué. Dans le cadre de notre devoir internationaliste d'aider à réaliser le renouveau africain nous tenons à maintenir cet engagement qui nous paraît capital.

Pendant notre visite en RDC, nous avions l'opportunité de rencontrer pratiquement tous les dirigeants représentant les formations politiques impliquées dans les institutions de la transition, ainsi que l'église, les organisations de la société civile, et les femmes organisées du Congo. Nous étions très inspirés par la détermination communiquée par ces dirigeants d'assurer que leur pays continue à avancer vers les élections, dans des conditions de paix et de stabilité, respectant les engagements qu'ils ont pris et qui sont reflétés dans l'Accord Global et Inclusif et la Constitution de la Transition.

Nous étions également inspirés par le fait que la lutte des femmes congolaises a mené à une grande victoire en ce sens que la Constitution finale stipule que la parité entre hommes et femmes doit être réalisée dans la composition des organes de l'Etat. A notre connaissance, ce gigantesque pas en avant n'est reflété dans aucune autre Constitution ailleurs dans le monde, y compris la notre. Il indique clairement la capacité du peuple congolais d'occuper les premiers rangs dans le processus de transformation progressive de la société humaine.

Pour réaliser cela effectivement, la RDC devra d'abord compléter sa transition dans des conditions de paix et de stabilité, auxquelles sont dévoués les dirigeants et la population congolaise. Nous sommes confiants que le progrès réalisé dans des conditions difficiles, et l'avance irréversible vers les élections, inspireront le peuple congolais à se réunir dans des célébrations joyeuses et paisibles à l'occasion du 45ème anniversaire de son indépendance, déterminé à réaliser pour la RDC la vision qui a inspiré Patrice Lumumba : toujours avancer, jamais reculer !

Par lumumba.org
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Samedi 8 janvier 2011 6 08 /01 /Jan /2011 22:33

 

Point de vue d'André N'Kanza Dolumingu et de ses camarades de l'Union Générale des étudiants Congolais, UGEC (durement persécutés, dès 1967, par les services de sécurité du régime de Mobutu) pour qui la pensée "lumumbiste" est essentiellement anticolonialiste, panafricaine, démocratique et sociale ...

30 juin, cérémonie de la proclamation de l’indépendance de la République du Congo. Le programme de ces cérémonies avait été élaboré par les autorités congolaises et belges. L’intervention du premier ministre congolais, Patrice Lumumba, n’avait pas été prévue.

Pourquoi, dès lors, le « discours du 30 juin » a-t-il été prononcé ?

Diverses raisons peuvent être avancées : Patrice Lumumba avait eu connaissance du contenu des discours de Baudouin 1er et du ton respectueux et « colonisé » du discours du Président Kasa-Vubu.

Patrice Lumumba, Premier Ministre, entendait aussi, dès ce 30 juin, affirmer son autorité de chef du pays. Selon le droit, la Loi fondamentale, et, surtout, selon la volonté populaire, la victoire aux élections organisées par l’ennemi (l’administration coloniale) opposé aux idées de Lumumba étaient sa complète légitimité d’où toute tricherie était exclue.

Patrice Lumumba, enfin, voulait qu’entre les peuples du Congo et de Belgique s’établissent des relations harmonieuses. Ces relations, selon lui, devaient être fondées sur un esprit de franche collaboration. Il s’agissait donc de rejeter toute hypocrisie et de décrire la situation du Congo à l’époque coloniale dans son exacte vérité. Alors seulement, une fois ce lourd passif liquidé, un nouvel esprit pouvait naître et présider à un nouveau type de relations entre la Belgique et le Congo indépendant.

Les diverses considérations que nous venons, brièvement, d’exposer expliquent certains traits du discours. Elles ne suffisent cependant pas à en justifier le contenu global. D’autres motivations nous paraissent alors plus déterminantes :

  1. Patrice LUMUMBA entendait faire du 30 juin non pas une journée de cérémonies ronflantes et protocolaires mais la journée de la prise de conscience, par le peuple congolais tout entier, de sa dignité, de sa personnalité. Le colonialisme paternaliste belge, en effet, s’était, plus qu’un autre, efforcé d’attenter à la dignité de l’homme congolais. A la base économique du colonialisme, l’exploitation de l’homme par l’homme dans le cadre d’un capitalisme sorti de ses frontières, non pas « démocratique » ou « libéral » mais mâtiné d’esclavagisme ou de féodalité, correspondaient, au niveau de la superstructure, des traits culturels et politiques également colonialistes. C’est ainsi que le colonialisme « culturel » belge a formé au Congo toute une génération d’hommes « colonisés » quant à leurs croyances (colonialisme religieux) et à leurs idées (colonialisme moral et intellectuel).

Lumumba avait compris que cette colonisation culturelle des masses pouvait constituer un grand obstacle à la politique révolutionnaire qu’il préconisait et entendait, par ce discours qui devait avoir des répercussions dans le pays tout entier, jouer son rôle d’intellectuel d’avant-garde, aider à la prise de conscience et à la désaliénation des masses populaires.

  1. Patrice Lumumba voulait, dès le premier jour de l’indépendance, donner à la   politique du Congo une orientation révolutionnaire : nationaliste, africaine, populaire et sociale.

Nationaliste : le nationalisme de Patrice Lumumba ne consistait pas en une simple affirmation, plus ou moins gratuite ou fasciste, de la notion de « patrie ». Il impliquait, certes, une exaltation de l’idée nationale et de la personnalité congolaise mais uniquement en ce que celles-ci avaient été bafouées, ignorées, méprisées. Le nationalisme de Lumumba avait un contenu révolutionnaire : il peut se définir comme lutte contre l’impérialisme (domination étrangère, exploitation, ingérence) et comme lutte contre le néo-colonialisme (sujétion apparente, obscure ou dissimulée des dirigeants politiques locaux aux intérêts étrangers).

Africaine : Patrice Lumumba voulait faire du Congo un exemple. Un exemple de l’Afrique, de ce que l’Afrique peut faire : « Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté ». Un exemple, aussi, pour l’Afrique : « Nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière » et encore : « L’indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent africain ».

Populaire et sociale : si Patrice Lumumba entendait libérer le Congo de la domination colonialiste, il entendait également, et ceci nous paraît essentiel, libérer les masses congolaises de l’exploitation capitaliste.

A qui Lumumba adresse-t-il son discours ? Non pas aux dirigeants de l’ancienne métropole, non pas aux étrangers, non pas à la bourgeoise politique naissante, aux commerçants d’une indépendance « négociée » mais par-dessus les autorités nationales et étrangères, par-dessus les capitalistes étrangers, les immatriculés, ou pseudo-élites congolaises et la classe moyenne nationale appelée à participer à la gestion des entreprises coloniales, c’est au peuple congolais que Lumumba s’adresse directement. C’est le peuple congolais qu’il félicite. Et, en effet, dans ce dsicours (diffusé par la radio nationale et distribué sous une forme stencylée dans toutes les régions du pays), Lumumba établit avec force comment l’indépendance n’est pas le fait de négociations entre une classe moyenne congolaise et des dirigeants métropolitains mais bien le fait de la lutte du peuple : « une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang ».

Comment encore l’indépendance ne doit pas profiter à une seule classe moyenne, aux bureaucrates et à la pseudo-élite congolaise qui s’est poussée au pouvoir mais bien au peuple tout entier. Entre la bourgeoisie et le peuple, le choix de Lumumba est clair : Lumumba choisit le peuple. Son choix est sans ambigüité. Certains ne le lui pardonneront jamais.

En nous fondant sur le texte du discours du 30 juin, voyons maintenant quel est le détail de cette orientation nationaliste, africaine et populaire que Lumumba voulait donner à la politique congolaise.

Son discours se divise en trois parties, d’importances inégales : le passé colonial, le présent, l’indépendance, le futur, le pays à construire.

Première partie, le passé : nous avons été exploités, nous avons lutté contre cette exploitation.

Lutte : Lumumba insiste sur le fait que l’indépendance n’a pas été donnée au peuple congolais mais qu’elle a été prise, conquise par le peuple congolais, qu’elle est le fruit de la lutte du peuple, « une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage qui nous était imposé par la force ».

Pourquoi cette insistance ?

Parce que, tout d’abord, le peuple congolais n’a jamais cessé de lutter contre le pouvoir colonial, parce qu’il n’a jamais accepté servilement la domination et l’exploitation étrangères. Et cette lutte menée par le peuple a revêtu tout au long de l’histoire de la colonisation des formes très diverses. Ce furent les nombreuses révoltes de la population et les répressions impitoyables qui les suivirent.

Ce fut la fondation de la religion kimbanguiste concrétisant, sous une forme culturelle et religieuse, une première volonté d’indépendance et d’autonomie de la population congolaise : sous une forme religieuse parce qu’une revendication d’indépendance se manifestant dans le domaine religieux risquait moins d’être combattue par le pouvoir colonial ; l’administration coloniale ne s’y est cependant pas trompée, elle a vu dans une religion chrétienne noire, dirigée par des prêtres chrétiens noirs et échappant au contrôle des missionnaires chrétiens, catholiques, étrangers, une contestation de la suprématie de l’homme blanc, du pouvoir colonial et du système d’exploitation capitaliste.

Ce fut aussi une certaine « paresse », forme de résistance passive, qu’opposaient les travailleurs congolais à leurs patrons. Ce furent même des chansons aux paroles ambigües, telles que « ata n’dele mokili ekobaluka » (« tôt ou tard la vie changera ») d’Adou ELENGA.

Parce que, ensuite, sans les nombreuses grèves des travailleurs congolais, sans les événements du 4 janvier 1959 qui firent craindre aux autorités belges d’avoir à soutenir une guerre coloniale semblable à la guerre d’Algérie, la Belgique n’aurait jamais songé à donner droit aux revendications légitimes du peuple congolais. Il suffit de se rappeler l’accueil fait, en 1956, au plan de trente ans proposé par VAN BILSEN.

Parce que, enfin, le contenu du discours du roi Baudouin (discours contresigné par le premier ministre EYSKENS et exprimant le point de vue du gouvernement belge) rendait cette insistance nécessaire : le gouvernement belge, par le truchement du roi, prétendait donner aux congolais leur propre pays.

Exploitation : la situation du Congo et des Congolais à l’époque coloniale rendait cette lutte nécessaire. Cette situation se caractérisait essentiellement par l’exploitation des masses laborieuses ; la discrimination raciale, superstructure à une exploitation capitaliste mâtinée d’esclavagisme ou de féodalité : l’utilisation de l’appareil d’Etat et des forces répressives pour mater les mouvements de révolte populaire.

Dans le régime colonial, Patrice Lumumba voit avant tout un système d’exploitation de l’homme par l’homme. La première phrase de son plaidoyer anti-colonialiste vilipende l’exploitation des travailleurs : « Nous avons connu le travail harassant, exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers ».

A l’exploitation des travailleurs, Lumumba lie les spoliations dont fut victime la paysannerie congolaise : « Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort ».

Ensuite, Lumumba stigmatise le racisme :

« Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres… »; la discrimination raciale : « Nous avons connu que la loi n’était jamais la même selon qu’il s’agissait d’un blanc ou d’un noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres » ; la ségrégation : « Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillottes croulantes pour les Noirs, qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens ; qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe ».

Enfin, Lumumba traite de l’appareil répressif utilisé par le pouvoir pour maintenir la domination capitaliste coloniale, les relégations : « Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses »; les prisons, les répressions : « Qui oubliera enfin les fusillades où périrent tant de nos frères, les cachots où ils furent brutalement jetés… » et, dominant le tout, une justice que Lumumba qualifie de « justice d’oppression et d’exploitation ».

C’est là-dessus que se termine la première partie du discours. Première partie, partie importante, mais non pas la plus importante. Or, il se fait que les nationaux tout comme les étrangers semblent n’avoir retenu de ce discours que la première partie, que la condamnation du passé colonial : les Belges y ont vu une injure faite à leur pays; les nationaux, une sorte de vengeance pour les quatre-vingt années d’asservissement, d’ »esclavage et de déportation » que fut l’époque coloniale.

Cette première partie, cette condamnation du passé colonial était nécessaire : il fallait, avant de songer à bâtir une société nouvelle (ce dont Lumumba traitera dans la troisième partie de son exposé), analyser avec pénétration la situation antérieure, afin d’édifier la société à venir sur des bases nouvelles et d’éviter ainsi tout danger de néo-colonialisme. La première partie du discours n’a pas été inspirée par la haine mais par la volonté d’analyser précisément la situation objective dont le gouvernement hérite (et qui a été la cause du renversement du régime colonial) afin de pouvoir l’abolir, afin de pouvoir la transformer. Cette première partie du discours ne peut se comprendre indépendamment de la troisième, plus longue d’ailleurs.

2ème PARTIE : LE PRESENT : nous sommes indépendants ; il est mis fin à l’oppression coloniale.

Lumumba proclame qu’il est mis fin au colonialisme et que le Congo est désormais indépendant : « La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants ».

Il ne s’étend nullement sur la situation née de l’indépendance. Quelques phrases de transition et c’est tout. Quelques phrases de transition faisant état d’une situation de transition. Lumumba semble considérer que l’accession à l’indépendance politique n’est qu’une phase, une étape d’un processus beaucoup plus important et beaucoup plus complexe.

3ème PARTIE : LE FUTUR : nous allons lutter.

Pourquoi lutter ? Pour abolir les séquelles du passé colonial et des sociétés traditionnelles de type esclavagiste et féodal et construire la réelle indépendance du pays.

A l’exploitation des masse laborieuses, Lumumba entend opposer la justice sociale, une prise en main par le peuple congolais de son destin et donc de l’économie de son pays. Il sera mis fin à la spoliation des terres, non pas par un retour à la situation antérieure pré-coloniale mais par une utilisation démocratique des terres et des ressources naturelles dans l’intérêt de tous : « Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants ». Alors seulement, libéré du travail forcé, libéré du mode de production capitaliste mâtiné d’esclavagisme et de féodalité qui caractérise l’exploitation coloniale, le peuple congolais, travaillant dans la liberté, pour lui-même, pour un pays qui désormais lui appartient pourra fournir un travail fécond et productif et « montrer au monde ce que peut faire l’homme noir ».

A l’utilisation de l’appareil d’Etat pour maintenir un système d’exploitation des masses, Lumumba entend substituer la « pensée libre », la pleine jouissance des libertés fondamentales. A la paix coloniale « des fusils et des baïonnettes », Lumumba entend opposer « la paix des cœurs et des bonnes volontés ». A des lois et une justice « d’oppression et d’exploitation », instruments de la domination d’un capitalisme développé sorti de ses frontières et opérant dans un cadre non démocratique, Lumumba entend substituer de nouvelles lois : « Nous allons revoir toutes les lois d’autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles ». C’est que le système économique colonial reposait sur des lois qui défendaient la base économique du colonialisme. Ce système économique colonial  était opposé aux aspirations du peuple et de cette contradiction fondamentale est née l’indépendance. Cependant, et cela Lumumba l’a vu très clairement, le Congo devenu indépendant continuait d’être régi par des lois qui défendaient une base économique n’appartenant pas au peuple congolais, qui défendaient une économie étrangère (que ces lois aient été rédigées à Bruxelles d’abord, à Luluabourg ou à Kinshasa ensuite, le pays se trouvait donc dans une situation objectivement néo-colonialiste. Lumumba en était conscient. Il ne voulait pas devoir diriger son pays par le moyen de lois servant à défendre un système économique étranger et capitaliste, un système ne pouvant que perpétuer l’exploitation des masses congolaises.

Cette très grande lucidité de Patrice Lumumba explique l’acharnement que ses ennemis ont mis à l’abattre et, une fois mort, à atténuer, à prostituer, et à saboter systématiquement la portée de sa pensée politique.

Ayant ainsi énoncé les principes de base de la politique de son gouvernement, Lumumba indique encore :

  1. Ce que le gouvernement attend de l’étranger et particulièrement de la Belgique : coopération sur un pied d’égalité, sans ingérence. Lumumba admet le principe de l’assistance technique étrangère. Il en fixe les conditions : « Nous accepterons la collaboration des pays étrangers chaque fois qu’elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique quelle qu’elle soit ».
  2. Ce que le gouvernement demande aux Congolais : qu’ils l’aident dans sa tâche de construction du pays, qu’ils restent unis. Une fois de plus Lumumba s’affirme comme le champion de l’unité nationale et prétend s’opposer aux rivalités régionales : « Je vous demande à tous d’oublier les querelles tribales » et aux rivalités politiques : « Je demande à la minorité parlementaire d’aider mon gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques ». Lumumba demande encore aux Congolais de respecter inconditionnellement la vie et les biens de leurs concitoyens et des étrangers ; ceux-ci, dit-il, doivent être laissés en paix pour peu qu’ils « travaillent à la prospérité de notre pays ».

Enfin, et c’est le plus important, Lumumba demande aux nationaux de « se mettre résolument au travail ». Il indique l’objectif à atteindre : l’indépendance économique et détermine les moyens nécessaires à la réalisation de cet objectif : la mobilisation du peuple dans le cadre d’un « plan d’ensemble », sa mise en œuvre dans un esprit de sacrifice.

Et c’est l’exhortation finale : « J’invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants à se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique ».

En conclusion, nous dirons que s’il n’est pas d’indépendance politique sans indépendance économique, le ton général du discours de Patrice LUMUMBA indique que, dans l’esprit du premier ministre congolais, il n’est pas non plus e démocratie politique sans démocratie économique ou, s’il faut être plus clair, que la véritable démocratie ne peut être réalisée sans l’exploitation de  l’homme par  l’homme, par la suppression des classes sociales avec pour but final la satisfaction toujours croissante des besoins matériels et culturels des larges masses, du peuple. Ce sont là les objectifs du SOCIALISME SCIENTIFIQUE et d’une Révolution conséquente.

N’KANZA-DOLUMINGU
D.DE LANNOY
Par lumumba.org
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